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  • Par Claudine Hébert Édition de Mai 2017

Comment votre carte de crédit vous protège-t- elle?


Extrait de : Les Affaires

Vous partez l'esprit tranquille grâce aux assurances offertes par vos cartes de crédit ? Vous avez peut-être tort.

L'un des précieux avantages des cartes de crédit pour grands voyageurs est les protections qu'elles offrent pour nos déplacements. Pouvons-nous pour autant partir en voyage l'esprit tranquille?

« En général, les consommateurs retiennent le nombre de jours pour lesquels l'assurance voyage de leur carte de crédit les protège. Pour le reste, très peu connaissent les autres conditions de leurs protections. La plupart n'ont même jamais lu leur contrat d'assurance. Ce qui peut entraîner de mauvaises surprises et le besoin de recourir au financement social pour rembourser le coût de cette négligence », explique Suzanne Michaud, vice-présidente assurances chez CAA-Québec.

Selon l'Association canadienne de l'assurance voyage (THIA), qui représente les assureurs, les courtiers et les autres professionnels de ce secteur de l'assurance, près de la moitié (47 %) des voyageurs canadiens n'ont aucune idée du contenu de la protection voyage dont ils bénéficient lors de leurs déplacements.

Toujours selon la THIA, une réclamation de voyageur sur 20 est rejetée. Pourquoi ? La condition médicale préexistante en est en grande partie responsable. Un élément sur lequel les fournisseurs d'assurances de carte de crédit sont très pointilleux. « Il suffit qu'une récente prise de sang montre un changement de condition de santé ou qu'une ordonnance de médicaments ait été reçue au cours des derniers mois juste avant le voyage pour que votre assureur refuse d'honorer une réclamation de frais médicaux engagés à l'extérieur de la province », indique Patrick Lavoie, vice-président développement des affaires chez SécuriGlobe, un courtier en assurances voyage.

Cela ne touche pas que les assurances de cartes de crédit. Les détenteurs d'une assurance voyage individuelle n'échappent pas à cette règle. Rappelons le célèbre cas du « Million Dollar Baby ». En 2013, Jennifer Huculak- Kimmel, une Saskat- chewanaise assurée par la Croix Bleue, a accouché prématurément lors d'un voyage à Hawaï. L'enfant a dû passer deux mois aux soins intensifs. Total de la facture : 950 000 dollars américains. Parce que la dame avait consulté un médecin deux mois avant son départ pour une infection à la vessie, la compagnie d'assurance a refusé de rembourser les frais médicaux, évoquant la condition médicale préexistante de la cliente.

Tenez compte des exclusions

Cette histoire d'accouchement nous conduit directement aux fameuses exclusions qui figurent aux contrats d'assurance. Soit l'autre partie habituellement responsable des réclamations non honorées. La plupart des assurances voyage n'offrent pas de protection pour les femmes enceintes de plus de 31 semaines. Ni pour la pratique de sports extrêmes, tels que la plongée sous-marine, le ski hors-piste, le rafting ou toute autre activité exotique offerte dans les complexes tout compris dans le Sud. Même la randonnée pédestre en montagne peut être considérée comme une activité à risque, indique la THIA. Et gare aux abus de pinas coladas, margaritas et autres cocktails sur le bord de la piscine : les blessures provoquées par des excès d'alcool font, elles aussi, partie des exclusions des assureurs.

« Notez que tout voyage dans un pays, une région pour lesquels le Canada émet un avertissement de danger peut également ne pas être couvert par l'assureur. Mieux vaut vérifier cette information avant de partir, quelle que soit l'assurance que vous détenez », conseille Suzanne Michaud.

Et bien sûr, même en lisant attentivement tous les détails du contrat, il y aura toujours des zones grises. En janvier dernier, on signalait le cas d'un voyageur détenteur d'une assurance voyage avec une carte de crédit Banque Nationale. Son vol de retour a été retardé de deux jours en raison de la fusillade à l'aéroport de Fort Lauderdale. L'assurance a refusé de lui rembourser les frais de 1 000 dollars contractés par sa famille composée de six personnes. Motif du refus : l'assureur couvre les retards dus aux blessures, aux mauvaises conditions météorologiques, aux défaillances mécaniques des appareils, aux mises en quarantaine, aux pirates de l'air, mais pas ceux causés par les fusillades dans les aéroports. Il a fallu qu'un média rapporte l'incident pour que l'institution financière se décide à rembourser son client.

Gare à la combinaison d'assurances

Plus on est âgé, plus le délai de couverture des assurances de carte de crédit est réduit. Alors que doit faire une personne couverte pour 15 jours, mais qui part pendant 30 jours ?

« Les gens croient à tort qu'ils peuvent économiser en recourant à une assurance additionnelle provenant d'un autre fournisseur, qui entre en vigueur dès le lendemain de la fin de leur première couverture. Grossière erreur. Les assureurs peuvent se disputer entre eux sur qui est responsable de l'assuré en argumentant sur le moment où l'incident s'est produit », avertit Suzanne Michaud.

Cette experte qui compte plus de 20 ans d'expérience en assurances recommande d'avoir en main une assurance voyage qui couvre la durée totale du séjour. Le titulaire de la carte de crédit peut également contacter son institution financière pour demander s'il est possible d'obtenir un prolongement de sa couverture pour la durée de son séjour. En cas de refus, il est recommandé de prendre une assurance voyage individuelle qui couvre la totalité du séjour.

Une assurance voyage individuelle annuelle proposant les mêmes protections que les principales cartes grand voyageur coûtera jusqu'à 50 dollars de moins que les frais annuels de votre carte de crédit grand voyageur, signale Patrick Lavoie, de SécuriGlobe. Et de façon générale, l'assurance individuelle offrira davantage de protections qu'une assurance de carte de crédit, ajoute-t-il.

Chaque année, les cas d'assurance voyage représentent 8 % des plaintes reçues par l'Ombudsman des assurances de personnes (OAP). Près du tiers de ces plaintes se concluent par une décision en faveur de l'assuré. Les autres doivent payer.

Les dommages, oui. La responsabilité civile, non

La plupart des cartes de crédit grand voyageur offrent une protection lors de la location de voitures. Toutefois, cette couverture est limitée. Elle protège seulement contre les dommages causés à la voiture de location. Cette protection varie entre 60 000 et 85 000 dollars, ce qui ne couvre pas une perte totale sur une voiture exotique. L'assurance de votre carte ne couvre pas non plus la franchise du propriétaire de l'autre véhicule (de 500 à 1 500 dollars) si vous êtes tenu responsable d'un accident. La plupart des entreprises de location proposent une assurance d'exonération d'environ cinq dollars par jour pour éviter de payer les franchises.

« Aucune assurance de carte de crédit ne vous protège non plus contre la responsabilité civile, c'est-à-dire les dommages matériels et corporels causés à d'autres personnes », soulève Alexey Saltykov, directeur général et cofondateur du site InsurEye.com. Vous enfoncez une clôture, vous endommagez un lampadaire, les dommages encourus ne sont pas couverts par la carte de crédit.

Dans le cas où vous êtes déjà assuré

Au Québec, tout propriétaire de voiture détient une assurance de responsabilité civile auprès d'une compagnie d'assurance privée. Elle est obligatoire. Donc, si vous louez une voiture pour vous promener au Québec, votre assurance privée vous couvre. « Si vous comptez partir en direction d'une autre province ou aux États-Unis, mieux vaut vous munir d'une protection de responsabilité civile d'au moins deux millions de dollars auprès de votre assureur automobile », signale Anne Morin, responsable des affaires publiques au Bureau d'assurance du Canada (BAC). Les poursuites civiles à la suite d'accidents de voiture et de blessures causées à autrui sont monnaie courante au pays de l'Oncle Sam. Les montants en jeu peuvent facilement vous ruiner.

Vous n'êtes pas assuré

Vous n'avez pas de voiture, en l'occurrence aucune assurance auto ; la responsabilité civile est généralement couverte par le locateur de voiture, et ce, partout au Canada. Elle est incluse dans le coût de location. Cette couverture, dont le montant peut varier d'une juridiction provinciale à l'autre, peut toutefois s'avérer insuffisante si vous devez changer de territoire (province, pays). Si vous demeurez sur le territoire québécois avec la voiture louée, il n'y a pas de problème. « Mais si vous planifiez de visiter d'autres provinces, il faut l'indiquer au préalable au locateur. Vous devez vérifier si vous pouvez majorer la protection offerte à un million ou deux millions de dollars », insiste la porte-parole du BAC.

Notez que certaines entreprises de location peuvent refuser de vous louer un véhicule si vous sortez du Québec, ou de leur territoire si vous louez ailleurs au Canada. « Prenez bien soin de préciser ce détail avant de prendre les clés », recommande Anne Morin.

Enfin, même si vous détenez déjà une assurance blindée auprès de votre assureur auto et de votre carte de crédit, les commis à la location exerceront une forte pression pour vous vendre toutes les protections possibles. Particulièrement aux États-Unis. La question « Are you sure you don't want any protection ? » peut vous être répétée plus d'une fois avant qu'on vous remette les clés du véhicule. De quoi vous faire douter, vous faire payer en double des protections dont vous bénéficiez déjà et permettre au commis de toucher sa commission pour chaque produit de protection vendu.

Avant de partir Prenez le temps de comparer

Le site canadien InsurEye com permet de faire un survol rapide des diverses protections offertes par les principales cartes de crédit canadiennes. En quelques clics, on peut comparer les cotisations annuelles, la durée des séjours couverts en fonction de l'âge du détenteur et celle des membres de sa famille ainsi que le montant des couvertures. Le site est toutefois uniquement en anglais.

Quel montant de couverture faut-il ?

Les réclamations de frais médicaux engagés à l'extérieur du Québec dépassent rarement le million de dollars. À moins de subir une opération à cœur ouvert. Dans ce cas, il faut tenir compte du taux de change actuel, avertit Suzanne Michaud. Un million de dollars canadiens vaut un peu moins de 750 000 dollars américains. Quelques émetteurs de carte de crédit proposent une couverture allant jusqu'à cinq millions de dollars. Pour la carte RBC Visa Infinite, le montant est illimité.

Téléchargez le contrat

N'attendez pas que les problèmes surgissent pour commencer à chercher les détails des couvertures de votre contrat d'assurance. Téléchargez le guide d'assurance de votre émetteur de carte de crédit sur l'appareil mobile

que vous apporterez en voyage. Ainsi, peu importe si le Wi-Fi est accessible ou non, vous avez votre plan d'assurance sous la main en tout temps, conseille Suzanne Michaud.


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